Les changements dans la glace des lacs annoncent des changements climatiques
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Si vous avez remarqué que la glace recouvrant l'étang ou
le lac près de chez vous gèle plus tard ou dégèle
plus tôt que par le passé, vous n'êtes pas le seul
à le constater. Depuis de nombreuses décennies, les scientifiques
étudient les changements observés dans les dates initiales de
gel et de dégel des plans d'eau en guise d'indicateur de
changements climatiques. La phénologie des glaces consiste à surveiller
et à analyser la couverture et le dégagement des glaces. Des données
canadiennes de phénologie des glaces montrent que les glaces d'eau
douce fondent plus tôt qu'auparavant.
Une ancienne tradition devenue le nouvel indicateur
La cagnotte des glaces à Dawson
En 1896, des prospecteurs de la ville de Dawson, au Yukon, avaient fait un
pari sur la minute exacte à laquelle la glace commencerait à
se briser sur la rivière Yukon. Une cloche fixée par une corde
à un trépied situé sur la rivière signalait le
premier bris de glace. La cagnotte des glaces est devenue une tradition annuelle depuis cet hiver-là. La cloche
a sonné aussitôt que le 9 avril et aussi tard que le 28 mai.
Cette cloche a désormais été remplacée par une horloge qui enregistre la minute à laquelle
la glace commence à se briser. Durant la majeure partie du 20e siècle, la glace de la rivière commençait à
se briser en mai, mais depuis le milieu des années 1980, elle se brise
principalement en avril.
Depuis des décennies, les Canadiens suivent de près les dates
de gel et de dégel des glaces, souvent par simple intérêt,
et parfois même dans le cadre d'une loterie. En observant les changements
au fil du temps, les renseignements consignés peuvent, en fait, constituer
un outil indispensable au suivi des changements climatiques. Il est simple de
mener une étude phénologique des glaces; elle engendre très
peu de coûts et n'exige aucune formation ni aucun équipement
spécialisé. Certaines données sur la couverture et le dégagement
des glaces sont antérieures aux enregistrements de température,
ce qui donne un aperçu important des conditions climatiques du passé.
Les scientifiques et les chercheurs se basent sur ces données recueillies
par des bénévoles pour élargir leur couverture géographique
et compléter les données satellite et les données télédétectées.
Les amateurs de glace au Canada surveillent les changements dans le cadre
du programme Veille au gel (http://www.naturewatch.ca/francais/icewatch/).
Lancé en 2001, ce programme s'adresse aux citoyens de la science
qui consignent, sur une base volontaire, les dates de formation et de fonte
des glaces sur les plans d'eau qui les intéressent, en suivant
un protocole normalisé. Tout plan d'eau qui gèle habituellement
en hiver peut faire l'objet d'une surveillance, notamment les lacs
et les rivières d'eau douce; cependant, les plans d'eau salée
sont également admissibles à l'étude. Aujourd'hui,
on compte plus de 380 observateurs participant au programme.
La présente analyse combine les données du programme Veille
au gel avec celles recueillies par l'intermédiaire de programmes
continus de surveillance des glaces dirigés par le Service météorologique
du Canada (SMC) et le Service canadien des glaces (SCG).* Ces données
combinées sur les glaces remontent aussi loin qu'à 1822
et sont aussi récentes que 2007. Dans l'ensemble, les programmes
ont permis de collecter des données à partir de 950 sites environ
dans tout le Canada. La plus longue série de données s'étend
sur 165 ans, mais la plupart des séries de données sont courtes;
on ne dispose que de un ou deux ans de données pour 303 sites.
Carte des sites d'observation des glaces
Les sites indiqués par des points verts ont été utilisés
pour l'analyse des tendances. Les sites indiqués par des triangles
jaunes ne disposaient pas de séries de données assez longues pour
être incluses dans l'analyse des tendances.

Que nous disent les données de phénologie des glaces?
Les données de phénologie des glaces indiquent que notre climat
est en train de changer et que la plupart des sites affichent des dates de dégel
précoces, ce qui signale une tendance au réchauffement climatique
au printemps, en particulier dans l'Ouest canadien.
Les glaces d'eau douce fondent plus tôt
Les tendances ont été calculées pour chaque série
de données regroupant au moins huit années d'observations,
dont la dernière a été compilée en 1990 ou plus
tard. Les séries de données se terminant avant 1990 n'ont
pas été incluses dans l'analyse étant donné
qu'elles risquaient de ne pas bien refléter la tendance récente
au réchauffement climatique qui s'observe. Cette analyse était
principalement axée sur la date à laquelle les glaces de lac commençaient
à se briser puisque ces dernières sont les plus sensibles aux
changements climatiques à long terme.
L'analyse des données relatives au dégagement des glaces
indique une tendance de dégel précoce des sites d'eau douce
au printemps partout au Canada. Quarante des 258 séries de données
liées au dégagement des glaces ont montré une tendance
de dégel précoce statistiquement significative alors que cinq
de ces séries affichaient des dates de dégel très tardives.
En outre, on n'a observé aucune formation de glace dans certains
lacs. On a noté, par exemple, des couvertures de glace incomplètes
comme dans la baie Michipicoten, près de Wawa en Ontario, au cours de
trois des sept années les plus récentes d'une série
de données s'échelonnant sur 21 ans.
Analyse des tendances basée sur les données de phénologie
des glaces
| Couverture de glace |
| Sites analysés |
195 |
| Sites montrant une tendance de gel |
73 |
| Sites montrant un gel |
15 (8%) |
| Sites montrant une tendance de gel |
112 |
| Sites montrant un gel |
15 (8%) |
| Sites ne montrant aucune tendance |
10 |
| Dégagement des glaces |
| Sites analysés |
258 |
| Sites montrant une tendance de dégel précoce |
168 |
| Sites montrant un dégel très précoce |
40 (16%) |
| Sites montrant une tendance de dégel tardif |
75 |
| Sites montrant un dégel très tardif |
5 (2%) |
| Sites ne montrant aucune tendance |
15 |
Les changements dans les dates de dégel (glace de lac) ont été
représentés sur un graphique pour la période de 1900 à
2006. Le graphique révèle un changement relativement faible des
dates de dégel entre 1900 et 1950. En outre, on note une légère
tendance de dégel précoce, mais le rythme de changement est lent,
soit environ un jour plus tôt tous les 45 ans. De 1950 à aujourd'hui,
le rythme de changement des dates de dégel est beaucoup plus rapide,
soit environ un jour plus tôt tous les 7 ans. En 2006, la date du dégel
était de 5 jours antérieure à celle relevée en 1970.
On constate une plus grande variabilité quant aux estimations plus récentes
des rythmes de changement des dates de bris des glaces de lac.
Changements liés aux dates de dégel des glaces de lac
par rapport à l'année de référence 1970
Les valeurs supérieures à 0 indiquent un dégel tardif alors
que celles inférieures à 0 signalent un dégel précoce.

Les tendances au réchauffement sont géographiquement distinctes
Une analyse plus détaillée des données liées au
dégagement des glaces montre que la plupart des sites présentant
de fortes tendances de réchauffement se trouvent dans l'Ouest canadien.
Une analyse plus détaillée des données liées au
dégagement des glaces montre que la plupart des sites présentant
de fortes tendances de réchauffement se trouvent dans l'Ouest canadien.
Le rythme de changement des dates du dégel à des sites importants
variait entre deux et quatre jours par décennie. Les données du
programme Veille au gel ont pour but de fournir une première approximation
des changements, d'élargir la portée des études plus rigoureuses
et de permettre aux Canadiens de comprendre les changements de l'écosystème
dans leur voisinage. Bien que les séries chronologiques plus courtes qui sont associées à
des données phénologiques plus récentes permettent de déterminer un éventail d'estimations plus large et peuvent
montrer une variabilité géographique, elles restent très
utiles pour définir les tendances des changements climatiques. Les observateurs
de la glace peuvent aider à réduire cette variabilité en
tenant un registre des observations suivant un procédé identique
chaque année, pendant de nombreuses années, et en formant leurs
successeurs. Même avec de telles mesures, on notera toujours des incohérences
dans les données phénologiques étant donné que les
répercussions des changements climatiques ne seront pas uniformes.
Changements liés aux dates de dégel des glaces de lac
au Canada entre 1950 et 2005
*Sites lacustres montrant des tendances significatives à un niveau de
confiance de 90 % et des mesures englobant au moins 60 % de la période
allant de 1950 à 2005.

Dans quel cadre peut-on comparer les données de phénologie des
glaces avec d'autres données climatiques?
Les professionnels et les bénévoles participant aux programmes
de surveillance des glaces observent des tendances similaires quant à
l'impact des changements climatiques. Ces tendances ont été
documentées dans des articles de revues scientifiques examinés
par des pairs. Les tendances que montrent les données phénologiques
sont identiques à celles déterminées grâce aux données
sur la température et la durée de la couverture de neige. Des
analyses menées par des scientifiques d'Environnement Canada ont
révélé que les températures annuelles au Canada
ont augmenté en moyenne de 1 °C depuis 1950, avec les plus fortes
tendances de réchauffement relevées dans les régions de
l'Ouest et du Nord-ouest.
La tendance au bris précoce des glaces au printemps correspond à
la fonte précoce de la couverture de neige observée dans une grande
partie du sud du pays, tout particulièrement dans l'Ouest canadien.
Changement de la température printanière moyenne au Canada
entre 1948 et 2003
Avec la permission de la Division de la recherche climatique, Direction générale
des sciences et de la technologie, Environnement Canada. L'unité
de mesure des températures utilisée est le degré Celsius
(ºC). Les carreaux du quadrillage indiquant des tendances statistiquement
significatives à 95 % comportent des croix.

Changement de la durée de la couverture de neige au printemps
entre 1966 et 2007
Les parties rouge-orange indiquent les régions où la couverture
de neige fond de manière précoce au printemps (p. ex. nombre de
jours où l'on note de la neige au sol entre janvier et juillet).
Les valeurs dépassant +/- 2 signalent des changements locaux qui sont
statistiquement significatifs à un niveau de confiance de 95 %.
Les résultats observés à hautes latitudes et dans les
régions montagneuses laissent place à une certaine incertitude
à cause de changements aux procédures de cartographie et à
la couverture des données satellite au fil du temps. Basé sur
les ensembles de données hebdomadaires liées à la couverture
de neige de la National Oceanic and Atmospheric Administration, avec la permission
du Dr David Robinson, Université de Rutgers. (Analyse et carte gracieusement
fournies par Ross Brown, Environnement Canada).

Qu'est-ce que cela signifie pour les Canadiens?
Bon nombre de Canadiens, tout particulièrement dans les collectivités
nordiques, se servent des lacs et des rivières gelés comme voie
de circulation majeure. La durée réduite de la couverture de glace
rend d'ores et déjà les voyages et les transports dans les
régions nordiques plus difficiles et plus chers. En outre, ce phénomène
compromet l'accès des communautés autochtones aux terrains
de chasse traditionnels. Les activités récréatives d'hiver,
notamment le ski, la motoneige et la pêche sur la glace, seront également
touchées à long terme. Ces activités appréciées
d'un grand nombre de Canadiens peuvent être une source majeure d'emplois
d'hiver dans de nombreuses collectivités rurales.
Le moment de la formation et de la fonte des glaces peut également avoir
une influence sur l'écologie des lacs et des rivières. De
nombreuses espèces sauvages dépendent de la stabilité des
cycles de gel et de dégel des plans d'eau, qui conditionnent la
disponibilité de leurs sources de nourriture, leur hibernation et leur
migration.
L'importance des scientifiques bénévoles
Les résultats montrent de quelle manière les renseignements de
surveillance recueillis par des bénévoles, comme la température,
peuvent compléter les données collectées à l'aide
d'instruments ainsi que les programmes de surveillance menés par
des professionnels. Les renseignements de bénévoles permettent
de combler les lacunes en matière de couverture géographique là
où des données de capteurs et des relevés scientifiques
ne sont peut-être pas disponibles. De plus, les bénévoles
sont les « yeux et les oreilles » sur le terrain et sont prêts
à observer les phénomènes environnementaux lorsqu'ils
se produisent. En suivant un protocole normalisé et en ayant la bonne
formation ainsi que les bons outils, les citoyens de la science peuvent grandement
contribuer à notre compréhension collective de l'état
de notre environnement et des tendances écologiques.
Que pouvons-nous faire?
C'est seulement par la contribution des citoyens que l'on peut
poursuivre la surveillance des répercussions des changements climatiques
en utilisant des données phénologiques sur les glaces. Tous sont
invités à participer au programme Veille au gel. Veuillez visiter
le site Web http://www.naturewatch.ca/francais/icewatch/
afin de vous familiariser avec le protocole. Vous serez alors fin prêts
à explorer votre écosystème local et à le surveiller!
Toutes les observations, qu'elles soient à court ou à long
terme, fournissent des renseignements essentiels qui peuvent être utilisés
dans l'analyse des données climatiques. Les ensembles de données
phénologiques des glaces recueillies à long terme dans les régions
où nous avons une faible couverture géographique sont particulièrement
utiles. Pour obtenir plus de renseignements, veuillez consulter le site Web
http://www.naturewatch.ca/francais/icewatch/
* Lenormand. F., C.R. Duguay, and R. Gauthier, 2002. Development of a historical ice database for the study of climate change in Canada. Hydrological Processes, 16(18): 3707-3722. [retour]
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