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Pourquoi doit-on surveiller les grenouilles?
La population des amphibiens de la planète est en voie de diminution,
autant dans les zones les plus vierges que dans les marais suburbains
bordés d'autoroutes. Ce déclin n'est vraisemblablement pas le fait
d'une seule cause globale, si ce n'est que les amphibiens sont affectés
par une gamme de facteurs comme l'augmentation des rayonnements
ultraviolets et des polluants chimiques. Certaines espèces comme
le crapaud doré du Costa Rica et environ sept autres espèces différentes
de l'Australie sont maintenant disparues. La disparition du crapaud
doré donne particulièrement à réfléchir étant donné qu'il vivait
dans un habitat bien protégé à l'intérieur d'une grande réserve sauvage.
Aucune espèce canadienne n'est disparue, mais la rainette-criquet du nord,
qui vivait seulement dans l'extrémité sud-ouest de l'Ontario, n'a
pas été aperçue au Canada depuis plus d'une décennie. Si la disparition
des espèces aux limites de leur aire est troublante, celle d'une
espèce dans la plus grande partie de son aire l'est encore plus.
La grenouille léopard, jadis l'une des grenouilles les plus communes
de l'ouest du Canada, est pourtant disparue de la presque totalité
de son aire à la fin des années 1970. Bien que l'on ait retrouvé
des grenouilles mortes de cette espèce dans certains endroits de l'Î.-P.-É., la disparition des grenouilles léopards est pratiquement
passée inaperçue dans les autres provinces. Elle est maintenant
considérée comme une espèce menacée de disparition à la fois en
Colombie-Britannique et en Alberta.
Au Canada, la destruction et la modification de l'habitat sont probablement
les deux principales menaces pour les grenouilles. Plus de la moitié
des marécages historiques du sud du pays ont été drainés. La perte
réelle d'habitat de reproduction est peut-être encore plus grande,
parce que la vie des grenouilles dépend souvent de petits étangs
et de prés inondés temporairement, c'est-à-dire des genres d'habitats
que les humains remplissent ou drainent sans y songer deux fois.
Et cela est sans compter les modifications de l'habitat entre les
marécages. Parce que beaucoup de grenouilles quittent leur site
d'hibernation à la fin de l'hiver pour se rendre à leur étang de
reproduction, la construction d'une route entre-temps entre les
deux endroits peut signifier le massacre et la perte d'une population
entière. La diminution du nombre de marécages et la propagation
des environnements hostiles qui les séparent fait souvent en sorte
qu'il est difficile ou même impossible pour les grenouilles de repeupler
naturellement les étangs à la suite de la perte d'une population.
L'introduction d'espèces exotiques s'avère également menaçante. L'empoissonnement
de nombreux lacs pour la pêche sportive a introduit des prédateurs
voraces dont beaucoup d'amphibiens sont devenus la proie. Certaines
espèces de grenouilles peuvent également en menacer d'autres. Les
gros adultes de la population de ouaouarons introduite dans le sud
de la Colombie-Britannique mangent les juvéniles de nombreuses autres
espèces de grenouilles. Il est important de surveiller l'effet des
ouaouarons et de leur propagation dans cette province afin de déterminer
s'ils constituent une grave menace pour les autres populations de
grenouilles.
La propagation de micro-organismes étrangers est peut-être encore plus
dangereuse que l'introduction d'animaux exotiques. Des scientifiques
viennent en effet de découvrir un ou plusieurs champignons responsables
de la disparition rapide de grenouilles des forêts tropicales humides
de Panama et de l'Australie. Il semble que les champignons responsables
de cette hécatombe n'étaient pas indigènes et qu'ils avaient plutôt
été introduits dans ces sites. Ils seraient ensuite devenus infectieux
sans que l'on sache pourquoi, au point de finir par tuer leurs hôtes.
Il reste encore à déterminer si les populations de grenouilles touchées
étaient saines avant la mycose et à établir s'il existe un autre
facteur qui pourrait expliquer la susceptibilité des grenouilles
à l'infection.
La susceptibilité encore plus grande des grenouilles que d'autres groupes
d'organismes aux modifications de l'environnement peut dépendre
également d'une gamme de facteurs.
- L'histoire de la vie des amphibiens. La plupart des grenouilles passent une
partie de leur vie dans l'eau et l'autre sur la terre. Les modifications
de l'un ou l'autre de ces habitats peuvent les affecter. La métamorphose
est en outre un processus complexe au travers duquel une créature
à queue qui respire par les branchies doit passer pour se transformer
en animal à quatre pattes qui respire de l'air. Certains polluants
chimiques peuvent agir comme des hormones, interférer dans la
métamorphose et risquer de provoquer des difformités.
- La perméabilité de la peau. Les grenouilles absorbent l'eau par leur
peau afin d'éviter la déshydratation. Elles risquent cependant
ainsi d'absorber également des produits chimiques ou des micro-organismes
toxiques.
- La sensibilité aux rayonnements ultraviolets. Les œufs de grenouilles
flottent généralement en masses de gelée à la surface de l'eau
ou juste sous celle-ci. L'augmentation des rayonnements ultraviolets
sur la planète expose les œufs à des radiations plus nocives et
peut-être même mortelles. Les œufs de grenouilles ne traînent
pas de parasols avec eux et sont incapables de se beurrer de crème
solaire.
- La sensibilité aux changements climatiques. La vie de beaucoup de
grenouilles dépend de marécages temporaires. La reproduction,
l'éclosion des œufs, la croissance des têtards et leur transformation
doivent toutes se produire avant l'assèchement de l'étang. Au
cours des années de sécheresse, beaucoup de populations n'arrivent
pas à bien se reproduire. Les amphibiens s'adaptent aux sécheresses
occasionnelles mais leurs populations peuvent disparaître lorsque
cela se produit trop souvent.
Les herpétologistes canadiens (les scientifiques qui étudient les amphibiens
et les reptiles) se penchent sur le déclin de diverses espèces en
espérant déterminer les causes et les solutions possibles. Les programmes
de surveillance volontaires sont importants parce qu'ils donnent
souvent le signal d'alerte du déclin d'une population particulière.
Si nous avions pu compter sur de tels programmes à la fin des années
1970, nous saurions beaucoup mieux pourquoi les grenouilles léopards
des prairies ont disparu.
Pour de plus amples renseignements sur les Amphibiens du Canada, veuillez
visiter le site web du Réseau canadien de conservation
des amphibiens et des reptiles.
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